"Accepter de supporter indéfiniment le poids d’un crime qu’on n'a pas commis, porter injustement le qualificatif de « criminel de génocide » sans clamer son innocence est une entorse à la recherche de la vérité"

 
 

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Kayumba Nyamwasa: vérité pour la réconciliation au Rwanda?

 

Les déclarations de Karegeya et Kayumba sur RFI successivement en juillet 2013 nous suggèrent à publier un article qui est resté inédit depuis 2011. Ce n'est pas nouveau qu'ils déclarent qu'ils veulent témoigner et ils attendent les juges pour le faire. La question est de savoir si leur témoignage servira cette fois-ci, à faire sortir les rwandais de leurs ornières ethniques pour les décider à s'engager résolument sur les voies incontournables de la réconciliation.

Kigali a déjà reconnu le rôle joué par l'Ouganda de Y. Museveni, le Cyama de Nyerere, et l'Ethiopie de M. Zenawi en leur décorant des mérites "Uruti" (pillier) et Umulinzi (arbre sacré) lors du 15ème anniversaire (juillet 2009) de la victoire du FPR de juillet 1994.

KAYUMBA NYAMWASA (Général de brigade)

Une réconciliation est toujours possible, lorsque l'ubuntu (impuhwe / miséricorde) rencontre la vérité. C'est à ces 2 seules conditions qu'une justice réparatrice est possible. 

Kayumba Nyamwasa est un de ces chefs de guerre qui a fait un travail de conquête et de soumission des populations rwandaises au joug de Paul Kagame. Aujourdh'ui, il a fui celui qu'il servait hier. La grande question vient alors à se poser. Comment doit-on exclure de nos débats ou alors parler à ce nouveau compagnon de l'exil?

Il est impliqué dans l'assassinat du Président Habyarimana. Une des sources a affirmé au professeur Reyntjens que " le coup aurait été fait par des éléments de l'APR et un ou plusieurs Libyens encadrés par le Major Rose Kabuye (...) et par le colonel Kayumba (à l'époque chef du DMI) " (F. REYNTJENS, Rwanda. Trois jours qui ont fait basculer l'histoire, Institut CEDAF, Bruxelles, Ed. L'Harmattan, Paris 1995, p.44). A côté de ce couple, il faut ajouter le nom du capitaine Ruzahaza comme ayant fait partie de cette équipe de tueurs.

Après la victoire du FPR, il a été nommé chef d'Etat-major Adjoint de la Gendarmerie Nationale. En 1996, il a été nommé Commandant du Secteur militaire Ruhengeri-Gisenyi. Il a organisé, dans cette région, des massacres et des destructions massives de populations civiles qui ont été bombardées aveuglément par des hélicoptères notamment celles des communes Giciye, Karago, Gaseke, Satinskyi de la Préfecture de Gisenyi; Ndusu et Gatonde de la Préfecture de Ruhengeri. Entre le 05 et le 13/11/1997, cette attaque aérienne a fait des milliers de morts. Le déroulement de cette attaque meurtrière est décrit dans le communiqué n° 23/97 du 04/12/1997 publié par le CLIIR. Le 09/01/1998, il a été nommé chef d'Etat-major de l'APR après l'extermination des civils hutu de Ruhengeri et Gisenyi. (CLIIR, Communiqué du 27/01/1998).

" Il a toujours été chef de la DMI et a commandé des unités de tueurs chargées de 'massacrer des civils Hutu non armés' loin derrière le Front dans la Zone conquise par le Front Patriotique Rwandais (FPR) " (CLIIR, Communiqué 23/97 du 04/12/1997). En mai 1997, il est affecté comme commandant des opérations militaires dans le Nord-Ouest du Rwanda. Sa tactique consiste à simuler une attaque d'infiltrés et à passer ensuite aux ratissages meurtriers. Le bilan de ses deux premiers mois de service dans cette région est très lourd. Selon le CLIIR :

¨ Le 09/05/1997, un convoi militaire est attaqué dans le secteur Gitwa, en commune Nkuli (Ruhengeri). En représailles, l'APR organise des opérations qui, entre le 09 et 12/05, ont coûté la vie à 1400 personnes civiles (440 dans les secteurs Ryinyo, 325 dans les cellules Kintobo et Gatovu du Secteur Gitwa, 253 dans le secteur Mukamira, 148 dans le secteur Gatovu et 98 dans le secteur Rukoma). (CLIIR, Communiqué n° 23/97 du 04/12/97).

¨ Le 11/05/1997: L'APR a massacré 35 personnes dans la commune Cyabingo (Ruhengeri) dont un inspecteur scolaire, des enseignants et des commerçants qui assistaient à une réunion dans le secteur Rutore.

¨ Le 16/05/1997: 175 personnes sont massacrées par l'APR dans le secteur Muhororo de la commune Cyabingo, sous prétexte de représailles contre les infiltrés qui auraient attaqué le détachement militaire campé au Bureau communal de cette commune.

¨ Du 27 au 30/05/1997, 9 personnes ont été abattues par l'APR dans la cellule Rwankeli du secteur Gitwa (commune Nkuli-Ruhengeri) lors d'une vérification des cartes d'identité. Les militaires de l'APR ont ordonné aux victimes de courir avant de les abattre comme des lapins en les qualifiant d'infiltrés. L'une des victimes est un habitant du secteur Gatovu.

¨ Le 08/06/1997: 23 personnes sont tuées dans plusieurs secteurs de la commune Nkuli, dont deux hommes, une famille de 11 personnes, une famille de 6 personnes dont une femme et ses 3 enfants, cela suite aux opérations de ratissage de l'APR.

¨ Le 09/06/1997: Dix hommes ont été abattus dans les secteurs Cyuve, Gasanze et Mubona de la commune Kigombe alors qu'ils sortaient d'une réunion organisée par l'APR au stade de Ruhengeri. Au cours de cette réunion, les hommes (à partir de 15 ans), et les femmes ont été séparés. Les femmes furent relâchées à 17 heures 30, les hommes à 19 heures. C'est en rentrant que les dix victimes ont trouvé la mort.

¨ Le 10/06/97: 294 personnes sont massacrées dans quatre communes de Ruhengeri. Gatonde: 143 tués dont le conseiller du secteur Munanira, Kinigi: 80 tués, Nyamutera: 40 tués, Ndusu: 31 tués. Ces massacres faisaient suite " à une attaque des infiltrés aux bureaux des communes Gatonde et Nyamutera "

¨ Le 16/06/97: Le corps d'un employé du Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui avait été arrêté par les militaires de l'APR a été retrouvé en état de décomposition dans le secteur Muhoza, en commune Kigombe (Ruhengeri).

¨ Les 24 et 27 octobre 1997, le colonel Kayumba organise les massacres des grottes de Nyakinama. Voici le scénario tel que tiré du communiqué du CLIIR n° 22/97 du 24/11/97: " La situation s'est envenimée le 08/08/1997 avec les massacres de l'APR qui ont fait plus de 300 morts au Marché de Mahoko, des centaines d'autres habitants ont été tués sur la route et sur des sentiers qui conduisent au marché et dans les secteurs voisins: Kayove, Bisizi, Kanama et Karambo. Plus de 200 détenus du cachot communal de Kanama ont été abattus par les soldats de l'APR dans l'après-midi du 08/08. Les commerçants du centre de négoce de Mahoko, qui avaient échappé à la mort pendant le massacre de la journée du 08/08, ont été assassiné dans la nuit du 08 au 09 août et pendant la journée du 09/08/1997. Certaines familles ont été ciblées et exterminées sur base de listes. Les inspecteurs de Police Judiciaire (IPJ) des communes Kanama et Nyamyumba ont été tués. Plus tard dans la journée du 08/08, les soldats de l'APR ont tué entre 200 et 300 détenus du cachot communal de la commune Rubavu (voisine de Kanama). Dans la soirée du 08/08 et le 09/08, des soldats ivres de l'APR se sont livrés à des pillages dans ces mêmes secteurs. Des troupes armées de l'APR ont fait mouvement dans la région et des témoins ont rapporté avoir entendu des tirs de mortiers. Un blindé placé devant le marché de Mahoko a tiré dans la foule. Ce sont tous ces massacres qui ont fait fuir la population des quatre secteurs situés dans le voisinage de Mahoko et du bureau communal. L'APR avait déclenché ces massacres le 08/08/97 vers 10 heures à la suite d'une invasion des magasins et des restaurants de Mahoko par des éléments non identifiés armés et munis de petites radios walkies-talkies que les responsables militaires ont qualifié d'"infiltrés hutus ". Avant de se réfugier dans la grotte, ces habitants avaient trouvé un refuge tranquille (fin août 1997) dans les secteurs montagneux de Mukondo et Kigarama éloignés de la route asphaltée et situés à l'autre bout de la commune Kanama près de la forêt naturelle de Muhungwe. L'administration communale avait dû les rejoindre et travailler sur place dans le secteur de Kigarama. Entre-temps, les bâtiments communaux et ceux du collège APEFOK servirent de camp militaire d'où l'APR continuait à lancer ses attaques contre des civils non armés sous prétexte de "pourchasser " des infiltrés hutu. Vers mi-octobre, les militaires de l'APR sont allés attaquer les habitants (de ces 4 secteurs) réfugiés dans les secteurs lointains de Mukondo et Kigarama et les ont forcés à retourner chez eux dans la zone violente qu'ils avaient fuie. A la moindre contestation, les militaires tiraient dans la foule et ce fut à coups de mitraillettes que les habitants fuirent vers la grotte de Nyakinama située dans le secteur Kayove à l'autre bout de la commune Kanama. Plusieurs familles déplorent de nombreux morts tués dans les collines de Mukondo et Kigarama. Le colonel Kayumba a été nommé, en janvier 1998, chef d'Etat-major de l'APR en remplacement du colonel Sam Kaka.

" Depuis qu'il a été affecté dans le Nord-Ouest du Rwanda comme chef des opérations militaires (Brigade 211), les attaques simulées et les massacres de civils non-armés ont décuplé. Les témoins estiment que plus de 100.000 Hutu ont été tués par l'Armée depuis l'arrivée du colonel Kayumba Nyamwasa. Ce dernier est impliqué dans le génocide rwandais dans les zones conquises par le FPR où ses équipes de tueurs faisaient disparaître plus de 6.000 cadavres par semaine dans les deux sites de crémation qu'il avait installés à Masaka (près de la capitale Kigali) et à Gabiro dans le parc de l'Akagera " (CLIIR, Communiqué du 20/01/98).

La chaîne de télévision française France-2, dans journal télévisé rediffusé sur TV5 mardi le 3 mars 1998, a interviewé le colonel Kayumba Nyamwasa sur le terrain des opérations dans le nord du pays en commune Kinigi (Préfecture de Ruhengeri) et rapporte ceci: "...Preuve qui ne trompe pas, c'est le chef d'état-major qui dirige les opérations sur le terrain. Aux accusations qui, font de son armée une machine de répressions sanglantes, il répond sans détour: "Quand je parle de neutralisation, en fait, mon objectif est de les frapper sur le champ de bataille et de les tuer, pas les arrêter. Quand je vais en opérations, je n'y vais pas pour faire des arrestations. Je dis à mes soldats: vous devez parfaitement viser, vous devez tirer pour tuer, pas pour arrêter. Je suis en opérations, je ne fais pas un travail de police ici. Mais en même temps nous avons des prisonniers..."

Article rédigé en 2011 par un correspondant de Rwamucyo.com

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www.rwamucyo.com, 26.09.2013

 


 

 

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