"Accepter de supporter indéfiniment le poids d’un crime qu’on n'a pas commis, porter injustement le qualificatif de « criminel de génocide » sans clamer son innocence est une entorse à la recherche de la vérité"

 
 

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Le "Coup d’état du 6 avril 1994" et Mugesera !

 

Leon Mugesera & police rwandaise

Leon Mugesera & police rwandaise

Le "Coup d’état du 6 avril 1994" et Mugesera !

On dit souvent qu’un ami c’est celui qui viendra vous aider à cacher le cadavre de votre crime. Souvent on le dit sans trop réfléchir comme si cela allait de soi. D’autres disent que la vérité passe par le feu mais ne brûle pas. On le dit aussi sans y prêter trop d’attention.

Cette nuit, une amie avec laquelle j’ai traversé les périodes pénibles de la vie m’a appelée en sanglotant. Le problème c’était moi. Précisément mes propos qu’elle jugeait favorable à Léon Mugesera qui pour elle est un génocidaire. Sa famille de Nyange a payé un lourd tribut durant le génocide.

Mon amie est très croyante. Trop parfois. Mais ça en fait un être exceptionnel. Alors comme je la sentais courroucée et en chagrin, j’ai voulu la désamorcer en lui rappelant que jeunes nous aimions nous balancer une phrase créée à partir de Vérité et Mensonge dans Les contes d’Amadou Koumba de Birago Diop (Présence Africaine). Cette phrase est la suivante : « Le bon Dieu aime la vérité. Mais si tu plais au bon Dieu, les hommes ne t’apprécient pas outre mesure. Le mensonge, ça ils aiment les hommes ». A partir de là, l’enjeu pour moi était de lui démontrer où je voyais la vérité et où était le mensonge dans l’affaire Mugesera.

J’ai d’abord balisé le terrain. Mugesera prononce un discours répréhensible et ignoble en 1992. Il le fait en sa qualité de cadre du MRND parti politique du président Habyarimana. Aussitôt le discours prononcé, il est poursuivi par le gouvernement dirigé par l’opposition politique d’alors mais parvient à s’exiler jusqu’au Canada d’où il vient d’être déporté au Rwanda.

En 1994, un génocide se produit au Rwanda. Y-a-t-il un rapport direct entre les propos de Mugesera et ce génocide ? Evidement. – C’est la conviction de mon amie. D’ailleurs c’est la conviction de beaucoup. Mais la question qui se pose est : En tenant compte du contexte politique et de guerre de 1992, quel discours et quel acte faut-il retenir comme ayant été plus qu’un autre, facteur du génocide ?

Alors que j’étais au bord de rendre les armes, je me suis souvenue de quelque chose qui est passée inaperçue dans le brouhaha médiatique de ce mois de janvier 2012 et qui devrait modifier le paradigme de notre pensée sur le mois d’avril 1994. Cette chose, c’est le communiqué du gouvernement rwandais à la sortie du rapport d’experts des juges d’instruction français Trévidic et Poux. Dans ce communiqué, le ministre des affaires étrangères Mushikiwayo écrit : «(…) il est désormais établi que l’attentat contre l’avion faisait partie d’un coup d’état mené par des éléments extrémistes hutu assistés de leurs conseillers, qui détenaient le contrôle du camp militaire de Kanombe »(Igor Marara, 10 janvier 201)

Ainsi donc, l’élément unanimement considéré comme le déclencheur du génocide est lié à un "coup d’état" contre Habyarimana lui-même, parce que justement c’est lui la première victime.

Donc, si on tient compte de ce que dit le gouvernement rwandais, le régime de Habyarimana a pris fin avec son assassinat dans un coup d’état. On peut donc dire que Habyarimana et son organisation politique le MRND, ne pouvait pas avoir voulu commettre un génocide puis se faire assassiner à travers un coup d’état par ceux qui allaient exécuter ce génocide. Ca serait absurde autrement. Or, d’après les procès d’Arusha, le TPIR a reconnu que Bagosora, le principal accusé d’être le cerveau du génocide ne l’était pas. Il n’a ni planifié, ni fait exécuter le génocide. Les seuls principaux acteurs reconnus comme ayant planifié et exécuté le génocide, sont Jean Kambanda, premier ministre après le 6 avril et Pauline Nyiramasuhuko, l’une de ses ministres. Dans ce dernier cas, les juges se basent uniquement sur sa présence publique à Butare après le 6 avril 1994, alors que le premier a fait des aveux même si avant le 6 avril il était dans l’opposition à Habyarimana et ne pouvait absolument pas faire partie des planificateurs du génocide du camp d'en face.

En conséquence, aussi bien le gouvernement rwandais que le TPIR, semblent se rejoindre sur un point important. S’il y a eu génocide, il se passe après le 6 avril 1994. Sa planification auparavant n’est pas prouvée. A moins qu’un groupe autonome l’ait planifié – mais les jugements de Bagosora et de Zigiranyirazo prouvent le contraire – le génocide n’a de sens que si l’on accepte qu’il est lié au « coup d’état » du 6 avril 1994. Par contre, aussi bien la situation de guerre, les conflits ethniques larvés, le climat politique intérieur délétère dont le discours de Léon Mugesera, la situation économique, etc. pouvaient être des éléments constitutif d’un climat capable de dégénéré en massacres débouchant à un génocide. Mais à ce jeu, on pourrait remonter aussi loin que l’on voudrait pour y retrouver les mêmes éléments. Par exemple ceux qui ont fait des hutus et des tutsis des ethnies, ceux qui ont écrit que les tutsis venaient d’Abyssinie, ceux qui ont écrit que les hutus et les tutsis n’étaient pas des frères et n’avaient rien en commun, ceux qui ont commis des crimes et des massacres ethniques depuis longtemps, etc. Le discours de Mugesera, aussi détestable soit-il se situe dans ce climat et ne peut pas avoir plus d’importance que les autres éléments. Sauf si le gouvernement démontre que Mugesera fait parti des auteurs du « coup d’état » du 6 avril 1994.

A la fin, mon amie qui est très proche du pouvoir actuel, a reconnu le trouble que provoque en elle le communiqué du gouvernement. Elle m’a reprochée de secouer ses certitudes car, à ce jour, pour elle, Habyarimana n’était pas une victime, mais l’auteur du génocide et Léon Mugesera en faisait partie. Pourtant les faits sont là. Selon le gouvernement Habyarimana a  été victime d’un « coup d’état », puis il s’est produit un génocide dont on ne retrouve pas de trace de planification avant la date fatidique. Avant ce "coup d'état" on n'a que des faisceaux pouvant impliquer tous les protagonistes politiques et armés depuis le 1er octobre 1990 , y compris le FPR. Habyarimana n’est comptable que de tout ce qui s’est passé entre le 5 juillet 1973 et le 6 avril 1994 à la dernière seconde de sa vie. Pas plus, pas moins.

Nous avons voulu aborder la question de l’impossible réconciliation, tant que ce n’est pas la vérité et la justice qui prévalent, mais on en avait assez.

Apaisées nous sommes séparées comme d’habitude en nous disant que « Le bon Dieu aime la vérité…et les hommes acceptent le mensonge », mais j’ai ajouté que le bon Dieu et les hommes aimeraient peut-être aussi que de temps en temps nous discutions nos certitudes en nous servant de la raison. C’est cela qui consolide une amitié.

A. Kamaliza

Source (Forum Democraty and Human Rights, 26.01.2012)

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Kaaberuka, réagissant à cet article en Kinyarwanda, Madame A. Kamaliza lui donne une réponse qui force mon respect.

Cette réponse qui impose la vérité et non nos émotions comme seule référence nous fait dire aux ressortissants rwandais que faute de réconciliation inter-ethnique, un dialogue est nécessaire et possible, pour mieux comprendre ce qui nous est arrivé, afin de chercher ensemble, sans devoir forcément nous combattre, des solutions qui conviennent.

Droit de vérité, Devoir de Justice, DVDJ, 27.01.2012

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De : Kamaliza Adèle <adelekamaliza@yahoo.com>
À : DHR <Democracy_Human_Rights@yahoogroupes.fr>; fondationbanyarwanda <fondationbanyarwanda@yahoogroupes.fr>; rwandanet <rwandanet@yahoogroups.com>; Umusoto <Umusoto@yahoogroups.com>; urwanda_rwacu <urwanda_rwacu@yahoogroups.com>
Envoyé le : Jeudi 26 janvier 2012 20h34
Objet : Re : *DHR* Le "Coup d’état du 6 avril 1994" et Mugesera!

Aloys Kaberuka,

Le premier signe de la bonne éducation, consiste à utiliser la langue d'origine lorsqu'un réagit à un texte. Autrement, vous inspirez le mépris à votre interlocuteur. Ajouter à cela l'absence d'idées et une répétition pavlovienne, vous comprendrez qu'on ne veuille pas entrer dans vos délires.

S'agissant des victimes du génocide, si vous pensez que les "vôtres" (d'ailleurs qui êtes-vous pour nous représenter à travers nos morts ?), valent plus que ceux des autres, organisez un tournoi et l'on verra.

Indignité et d'indigence de ce que vous écrivez ne méritent pas que j'échange encore avec vous.

A. Kamaliza

De : aloys kaberuka <denonceur1@yahoo.fr>
À : "rwandanet@yahoogroups.com" <rwandanet@yahoogroups.com>
Envoyé le : Jeudi 26 janvier 2012 18h08
Objet : Re : [rwandanet] Re: *DHR* Le "Coup d’état du 6 avril 1994" et Mugesera!

Curika ucurure umenye ko genocide atar'abanyarwanda bavuze ko yakorewe ubwoko bw'abatutsi byavuzwe international community niba Mushikiwabo ibyo yavuze aribyo ushakiraho kwerekana ko Habyarimana atarari muri yo genocide uribeshya kuko organisation ya genocide y'abatutsi itateguwe aho indege igwiriye ahubwo yateguwe mbere kuko iyo bitaba ibyo ntibaba barashoboye kwica abatutsi bangana kuriya mu gihe kingana ubusa.

Ugoreke ugorore ntacyo ukiza kuko utazura abacu iyo genocide yahitanye.

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www.rwamucyo.com, 27.01.2012

 


 

 

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