"Accepter de supporter indéfiniment le poids d’un crime qu’on n'a pas commis, porter injustement le qualificatif de « criminel de génocide » sans clamer son innocence est une entorse à la recherche de la vérité"

 
 

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Antagonisme Hutu-Tutsi: un régime qui n'admet aucun partage du pouvoir?

 

Après Marcel Pochet qui a publié aux sources du Nil ses archives, Louis Jaspers vient enfin de publier le tome 1 de son livre, ma vie d'administrateur de territoire aux nouvelles "Editions Scribe". Ce tome 1 est une autobiographie d'un ancien administrateur qui relate ses relations humaines de la vie privée et son parcours professionnel.

Le Tome 2 à paraître aura certainement les allures d'un témoignage politique que le public attend avec impatience. Ces administrateurs ont beaucoup à dire sur la réalité et la vérité du Rwanda politique et la situation réelle et objective des Grands Lacs africains qu'ils ont éduqué et/ou aliéné selon les regards croisés de ceux qui les lisent.

Kazamarande Daniel.

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Extraits de « L’antagonisme Hutu Tutsi" Par Louis Jaspers

Récemment encore j’ai été interrogé à nouveau à ce sujet par un Ancien du Congo, Service Economique, auquel un sympathisant du régime ruandais actuel avait fait le reproche que les colonisateurs belges avaient introduit au Ruanda la rivalité hostile entre les deux ethnies pour ainsi mieux maîtriser le peuple ruandais…
Je dénie toute véracité à cette accusation pour les raisons que je vais développer…….. ….
Jeune administrateur de la Tutelle, arrivé au Ruanda début 1952 j’ai été confronté immédiatement à cette distinction profonde entre les deux races. Les Tutsi, 15% de la population, tenaient touts les leviers de la direction du pays et constituaient l’élite tandis que les Hutu, cultivateurs , constituaient la masse, silencieuse et soumise. Le régime étant celui de la Tutelle, nous devions respecter les institutions existantes, donc la royauté et tout son système et le droit coutumier.
Aussi travailler avec eux et faire pression sur eux pour éliminer au maximum les injustices.
La Commission de l’ONU, gérant les Territoires sous Tutelle avait fixé à la Belgique comme but ultime d’amener ces pays à la démocratie et à l’indépendance. C’est ici que nous rencontrions souvent l’opposition, non seulement des dirigeants Tutsi mais aussi la non compréhension et l’inertie de la masse des Hutu. Cela était compréhensible dans une société traditionnelle dans une société traditionnelle et encore féodale qui n’admettait que difficilement que ses  bases ancestrales soient bousculées.
La notion de Hutu et de Tutsi était profondément ancrée dans le conscient et le subconscient de la population et cela depuis bien avant la pénétration européenne. Sans provoquer de véritables heurts raciaux car la masse, les cultivateurs Hutu, manquant de terres, était muselée et soumise acceptant sa subordination et la suprématie des Tutsi qui, détenteurs  d’immenses pâturages en refuseront le partage.
La colonisation allemande

C’est à partir de 1890 que les Allemands ont pénétré au Ruanda dont ils ont fait une partie intégrante de leur colonie de l’Est Africain, la Deutsch Ost Afrika. Ils se sont contentés d’établir leur Oberherrschaft et ne se sont pas préoccupés des conditions de vie de leurs sujets ruandais, laissant au Mwami Musinga toutes ses prérogatives de souverain féodal, propriétaire ds hommes et des biens dans son royaume, disposant de vie et de mort selon son bon vouloir.
Courant mai 1959, affecté à la Résidence du Ruanda à Kigali, j’y découvris dans une annexe servant de débarras, certains documents datant de la période allemande,
1)    L’un d’eux, que j’ai sous les yeux, fournit d’intéressantes informations notamment sur les relations entre Hutu et Tutsi. Il s’agit du rapport en date du 5 mai 1910 émanant du Résident Impérial du Ruanda, Kandt, adressé au Gouverneur Impérial à Dar es Salaam, le Dr. Schnee, concernant le meurtre en territoire de Ruhengeri du supérieur de la mission de Rwaza, le Père Loupias…… En voici des extraits : « Tout le Nord Ouest du Ruanda, depuis le lace Kivu jusqu’à Mpororo est occupé par une population qui se distingue des autres Banyarwanda par ses caractéristiques (également somatiques pour l’observateur attentif).  Cette distinction est tellement profonde que la différence de climat et les conditions de vie a elles seules ne peuvent être une explication suffisante.  La tradition et les caractéristiques ethnologiques indiquent d’une façon incontestable qu’il s’agit ici d’une population poussée de l’Ouest vers l’Est. Aujourd’hui encore elle n’est pas complètement tranquillisée mais au contraire les remous sont accentués par des déplacements en partie venant de l’Ouest en partie se prolongeant spécialement vers le Sud le long des vallées pénétrant progressivement dans le Ruanda proprement dit. Me basant sur mes propres observations faites depuis douze ans je suis tenté de considérer ce mouvement comme une fuite devant le cannibalisme.
.... Ils n’ont cependant nullement abandonné une deuxième caractéristique qui n’est pas moins marquante pour les habitants du Congo Supérieur : leur individualisme très prononcé. Dans leur patrie ils vivaient dans des groupements peu importants, séparés l’un de l’autre par la forêt dense qui ne pouvait cependant les empêcher de vivre en continuel état d’inimitiés et de vengeance. Les contacts n’avaient lieu que sur des marchés neutres et chaque village avait son roi. Au Ruanda par contre ils devraient vivre en communauté étroite avec des milliers de leurs semblables et occuper une terre qui n’est pas propriété de la collectivité, comme c’était le cas dans les immenses forêts de leur patrie, mais confiée par le sultan au chef des terres avec lequel ils doivent entamer des négociations pour chaque morceau de terrain ou de pâturage indispensable pour leur installation. Ils étaient habitués à vivre avec leur roi de village, de leur sang partageant leurs peines et leurs joies, souffrant des famines comme eux, jouissant comme eux de l’abondance ; ils le considéraient, lui qu’ils fréquentaient comme des hommes libres interpares, comme le conseiller vénéré, le poète et le chef. Ils découvrirent maintenant une nouvelle cause de conflits : ils devaient maintenant respecter un sultan résidant dans une capitale éloignées, qui les donne aujourd’hui à un tel chef et demain à un tel autre chef, comme des objets.
Ces chefs, créatures des sauts d’humeur du roi, leur sont étrangers par leur origine et coutumes, la plupart d’entre eux préfèrent passer toute l’année à la cour et ne se montrent qu’au moment des récoltes pour réclamer, d’un geste hautain, les impôts. Et eux, les hommes libres, devraient se soumettre à pareille exigence ? Ils y étaient forcés tant que des sultans guerriers comme Rwogera et Rwabugiri ne dédaignaient pas de les poursuivre dans les vallées les plus reculées des montagnes pour briser leur résistance et leur fierté. Mais dès que la contrainte diminuait sans que la cause de leur mécontentement ne disparaisse, ils reprirent leur résistance passive avec plus d’insistance, et d’une façon chronologique sous l’actuel sultan ».
Ensuite : « Ce qui précède a mis en évidence les raisons qui expliquent les relations de la population à la frontière du Nord du Ruanda (qu’on appelle Bakiga) avec leurs maîtres et les expliquent au point de vue historique et ethnologique, elles sont mêmes justifiées dans un certain sens. Cependant, pour être équitable envers les Batutsi, ils faut signaler certaines caractéristiques désagréables de cette population qui rend désagréable leur contact avec leurs subordonnés. La haine, l’amour des batailles, le caractère colérique, la tendance à en appeler à la force quand le mensonge ne suffit pas, leur tendance pour le vol, sont pour les Bakiga des caractéristiques tellement marquantes que comparés à eux le restant de la population du Ruanda semble vierge de défauts . »
Ce rapport qui indique que le Résident allemand Kandt, successeur à Kigali du Commandant von Grawert, après un séjour d’une douzaine d’années avait une très bonne connaissance des relations sociales et politiques du Ruanda. Sans trop intervenir dans les conflits entre la population  et leurs suzerains tutsi, il prenait systématiquement le parti du Mwami, le Sultan.
2)    Un proche de l’empereur Guillaume II, le duc de Mecklenbug ayant effectué un voyage de reconnaissance au Ruanda au cours duquel il avait tenu à rencontrer le Mwami Musinga et la Reine Mère Kanjogera, en fit le récit dans son livre « Ins Innere Afrikas 1907-1908 » dont je trouvé plusieurs page et quelques intéressantes photos. Le duc donne une description du « Sultan Tutsi tout puissant ». Je cite, page 81 : « Le Ruanda est, avec l’Urundi, en Afrique le seul Sultanat, ou « Royaume », lequel aujourd’hui comme depuis des siècles est dirigé par une Autocratie sans limites selon les règles ancestrales. Une volonté qui gouverne et n’admet aucun « Nebensultan » (Vice Roi).

Source: Louis Jaspers, septembre 2012

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www.rwamucyo.com, 06.04.2013

 


 

 

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