"Accepter de supporter indéfiniment le poids d’un crime qu’on n'a pas commis, porter injustement le qualificatif de « criminel de génocide » sans clamer son innocence est une entorse à la recherche de la vérité"

 
 

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Réaction au Communiqué de presse du Dr Eugene Rwamucyo

 

Emmanuel Habumuremyi

Emmanuel Habumuremyi

Merci, cher Eugène RWAMUCYO, pour ton courage et pour ta bonne foi. Mais, comme l’a souligné M. José KAGABO, ‘’spécialiste’’ d’histoire sociale et politique du Rwanda lors du débat télévisé de 20h35 sur France24 (le 25 février 2010*), tu ne dois pas oublier qu’il y a la vérité historique (où les faits sont bien sûr têtus) et la vérité politique.

En effet, en moins de 3 heures passées ensemble,  la vérité politique a amené les deux chefs d’Etat à ‘’solder le passé’’ douloureux et tendu depuis 1994, entre les deux pays : les deux grands hommes ont vite oublié, du côté du Rwanda, que des Citoyens français bien identifiés par le pouvoir de Kigali (voir rapport Mucyo) ‘’ont participé’’ au génocide des Tutsi au Rwanda-même et que, du côté Français, des Citoyens français bien connus sont morts victimes, les uns  d’un acte terroriste et les autres d’un massacre commis dans le cadre de l’épuration ethnique visant les hutu au Rwanda-même. On peut se permettre alors de supposer que pour les deux hommes forts, l’un  à Kigali et l’autre à Paris et pour leurs amis politiques, le génocide des Hutus et la diabolisation de tout Hutu né et à naître soit le moindre de leurs soucis. Dans le contexte de la normalisation des relations diplomatiques entre Kigali et Paris, les deux hommes d’Etat ont été amenés à faire croire aux citoyens qu’ils représentent, que la vérité politique efface – du moins durant le temps de leur règne – la vérité historique.

D’ailleurs,  sous le coup de la volonté politique, Kigali a déjà ordonné à ses historiens de réécrire l’histoire du Rwanda. Parce que le pouvoir en place l’a décidé, les rwandais ont abandonné la langue française qu'ils avaient adoptée depuis 1918 et sont obligés de ne parler que l'anglais. Les thuriféraires du régime ont commencé à effacer des livres d’histoire certains faits. Ils ne veulent pas que l’humanité sache : que les rois du Rwanda monarchique, les grands parents de M. Paul Kagame, avaient des marchés d’esclaves où ils vendaient les hutus récalcitrants ou rebelles aux esclavagistes pour les introduire sur le marché triangulaire qui les conduisaient vers les Amériques ; que Kalinga, tambour dynastique et symbole du pouvoir monarchique tutsi, était orné de dépouilles (testicules) des rois hutu vaincus ; que sous la monarchie, l’ubuhake - système de servage - consistait à réduire les hutu corvéables et taillables à merci au service de la noblesse tutsi ; que sous la monarchie, tout le pouvoir (politique, militaire, économique, culturel…) étaient entre les mains de la seule noblesse tutsi ; que, sous la monarchie, l’humiliation, l’infantilisation, la diabolisation, la chicotte… étaient le lot de tout hutu… Ainsi, ceci explique maintenant cela. Oui, le Chef a dit !

Face à un passé aussi lourd et à un calvaire aussi long pour les uns et pour les autres, cher Eugène, restons optimistes. Nous ne devons pas attendre la fin de la ‘’réécriture de l’histoire’’ qui opposait,  avant le 25 février 2010, le Rwanda à la France pour la réconciliation des Tutsi et Hutu d’un côté,  et de l’autre la réconciliation du peuple rwandais avec les peuples des Grands lacs d’Afrique. Dans la perspective d’une réconciliation possible et à laquelle le Président de la République française, ainsi que toutes les autres bonnes volontés, croient, je suis personnellement prêt, en ma qualité de citoyen français, à participer à toutes les initiatives visant une véritable réconciliation entre Tutsi et Hutu et à la solidarité positive entre le Rwanda et la France. Le Collège des médiateurs que tu proposes, une fois accepté par toutes les parties concernées, est une voie à explorer sans tergiverser.

Gardons courage !

Emmanuel Habumuremyi - France

 www.rwamucyo.com,27.02.2010

 

* Les autres participants au débat télévisé de France24 (25 février à 20h35) animé par Antoine Cormery sont : en direct M. André Guichaoua (Sociologue), M. Philippe Perdrix (Journaliste) ;  par téléphone M. José Kagabo (Historien) et M. Paul Quilès (Président de la Commission parlementaire sur le Rwanda, 1998).

 


 

 

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